Comprendre les bases
Scope 2 :
l’énergie achetée, expliquée simplement.
Électricité, chaleur, vapeur ou froid achetés à l’extérieur : le Scope 2 couvre l’énergie que vous consommez sans la produire vous-même. En France, grâce au mix électrique décarboné, c’est souvent le poste le plus faible du bilan, mais deux méthodes de calcul coexistent et donnent parfois des résultats très différents.
Publié le · 6 min de lecture
Le Scope 2 regroupe les émissions indirectes liées à l’énergie que votre entreprise achète et consomme, sans la produire elle-même. C’est le pendant du Scope 1 : là où le Scope 1 mesure ce que vous brûlez, le Scope 2 mesure ce que vous branchez.
Scope 2 : la définition du GHG Protocol
Le GHG Protocol définit le Scope 2 comme les émissions indirectes associées à la production de l’électricité, la chaleur, la vapeur ou le froid achetés par l’entreprise. L’émission physique a lieu chez le fournisseur d’énergie (centrale électrique, réseau de chaleur urbain), mais elle est comptabilisée chez vous parce que vous êtes le consommateur final.
Pour la quasi-totalité des PME, le Scope 2 se résume en pratique à un seul poste : l’électricité.
- Électricité achetée : la source de très loin la plus courante, pour l’éclairage, les machines, l’informatique, la climatisation électrique.
- Chaleur ou vapeur achetées : concerne les entreprises raccordées à un réseau de chaleur urbain, plus rare en dehors de certains centres-villes ou zones industrielles.
- Froid acheté : cas encore plus marginal, réseaux de froid urbain existant dans quelques grandes métropoles.
Deux méthodes de calcul qui peuvent diverger fortement
Depuis la mise à jour du GHG Protocol Scope 2 en 2015, les entreprises doivent en principe présenter deux résultats distincts pour leur Scope 2 électricité, calculés selon deux logiques différentes.
Méthode location-based : applique le facteur d’émission moyen du réseau électrique national, sans tenir compte du contrat d’énergie souscrit. En France, ce facteur est très bas grâce au mix nucléaire, de l’ordre de 0,052 kgCO₂e/kWh selon l’ADEME, contre plusieurs centaines de grammes dans des pays au mix plus carboné.
Méthode market-based : reflète le contrat d’électricité réellement souscrit. Si vous avez signé un contrat d’électricité verte avec garanties d’origine, le facteur peut être proche de zéro. Sans contrat spécifique, un facteur « résiduel » plus élevé s’applique, car il représente le mix des sources non déjà réclamées par d’autres acheteurs d’énergie verte.
Pour un premier bilan destiné à répondre à une demande client ou à un questionnaire fournisseur, la méthode location-based suffit dans la grande majorité des cas. La méthode market-based devient pertinente si vous avez négocié un contrat d’énergie renouvelable et que vous voulez valoriser cet effort dans votre bilan.
Pourquoi le Scope 2 est généralement faible en France
Le facteur d’émission de l’électricité dépend presque entièrement du mix de production du pays. La France, avec une part importante de nucléaire et d’hydraulique, dispose de l’un des mix électriques les moins carbonés d’Europe.
Une PME qui consomme exclusivement de l’électricité en France aura un Scope 2 proportionnellement bien plus faible qu’une entreprise équivalente en Allemagne ou en Pologne, où le mix reste plus charbonné. Ce n’est pas un signe de mauvaise performance ailleurs : c’est une conséquence directe de la structure du réseau électrique national.
Comment calculer son Scope 2 sans expert carbone
La donnée de base se trouve directement sur vos factures d’électricité : la consommation annuelle en kWh y figure toujours. Le calcul consiste à multiplier cette consommation par le facteur d’émission ADEME correspondant à la méthode choisie.
- Vous avez vos factures d’électricité : additionnez la consommation en kWh sur 12 mois, multipliez par le facteur location-based (mix France) ou market-based (selon votre contrat).
- Vous n’avez que le montant dépensé : la méthode monétaire (montant en euros × facteur d’émission par euro dépensé en énergie) donne une estimation acceptable pour un premier dépôt, à affiner ensuite avec les kWh réels.
- Vous êtes locataire de vos locaux : si l’électricité est incluse dans vos charges sans compteur dédié, une répartition au prorata de la surface occupée est une pratique courante et recevable.
Exemple chiffré pour une PME de taille moyenne
Pour une PME de 40 salariés avec des bureaux et un atelier léger, consommant environ 150 000 kWh d’électricité par an :
- Méthode location-based (mix France) : environ 150 000 × 0,052 ≈ 8 tCO₂e par an
- Méthode market-based, sans contrat vert : le facteur résiduel étant plus élevé, le résultat peut être 2 à 4 fois supérieur, de l’ordre de 15 à 30 tCO₂e
- Méthode market-based, avec contrat 100 % renouvelable garanti : proche de 0 tCO₂e
L’écart entre les deux méthodes illustre pourquoi il est important de préciser laquelle vous utilisez : un Scope 2 annoncé sans méthode associée n’est pas comparable d’une entreprise à l’autre.
Les erreurs les plus fréquentes
- Ne présenter qu’une seule méthode sans le préciser. Un rapport rigoureux mentionne explicitement s’il s’agit de location-based ou market-based, surtout si le résultat sert de base à des engagements de réduction.
- Confondre électricité et gaz. Le gaz que vous brûlez sur place (chauffage, four) relève du Scope 1, pas du Scope 2. Seule l’énergie achetée sous forme d’électricité, chaleur, vapeur ou froid entre dans le Scope 2.
- Oublier les sites secondaires. Un entrepôt ou une agence commerciale avec son propre compteur électrique doit être inclus, même si son volume paraît marginal.
- Surestimer l’effet d’un contrat vert sans garanties d’origine. Une offre commerciale « électricité verte » sans certificats de garanties d’origine tracés ne justifie pas d’utiliser un facteur market-based réduit.
Pour compléter votre bilan, deux guides associés : le Scope 1, les émissions directes, et le Scope 3, la partie la plus importante pour la plupart des PME. Aucune demande client particulière ? Voici pourquoi calculer son bilan carbone quand même.
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