Méthode

Calculer ses émissions Scope 3 à partir de sa comptabilité :
la méthode monétaire expliquée.

Votre client grand compte vous demande vos émissions Scope 3. Vous n’avez pas de capteurs, pas de consultant RSE, pas de données physiques. En revanche, vous avez votre comptabilité. C’est suffisant. La méthode monétaire utilise vos dépenses pour estimer vos émissions — et c’est la méthode recommandée par l’ADEME pour les PME. Voici comment elle fonctionne, pas à pas.

📅 3 avril 2026
⏱ 10 min de lecture
✍️ Équipe Oakbon

Le principe : des euros aux tonnes de CO₂

La méthode monétaire repose sur une idée simple : chaque euro dépensé dans un secteur économique génère une quantité moyenne de CO₂. L’ADEME maintient une base de données — la Base Empreinte (anciennement Base Carbone) — qui contient ces ratios pour chaque secteur d’activité français, identifié par son code NAF.

La formule de base est : Émissions (kgCO₂e) = Montant HT (€) × Ratio monétaire ADEME (kgCO₂e/€)

Par exemple, si vous avez dépensé 200 000 € HT en achats d’acier et que le ratio monétaire ADEME pour le secteur sidérurgique est de 1,2 kgCO₂e par euro, vos émissions liées à ces achats sont de 240 tonnes de CO₂ équivalent.

C’est moins précis qu’un calcul basé sur des données physiques (tonnes d’acier × facteur physique), mais c’est immédiatement applicable à partir de votre export comptable — sans collecte de données supplémentaire.

Étape 1 : extraire les charges de classe 6

Votre comptabilité est organisée selon le Plan Comptable Général (PCG). Les charges d’exploitation sont en classe 6. C’est là que se trouvent vos données Scope 3.

Exportez votre grand livre ou votre balance des comptes depuis votre logiciel comptable (Pennylane, Sage, QuickBooks, ou tout outil capable de produire un CSV/Excel). Vous avez besoin de quatre colonnes : la date de l’écriture, le numéro de compte, le libellé, et le montant HT.

Les comptes qui comptent pour le Scope 3 :

  • 601-602-607 — Matières premières, approvisionnements, marchandises → Catégorie 1 GHG (Biens et services achetés)
  • 604, 611-617, 622-623, 626 — Services extérieurs → Catégorie 1 GHG (Services achetés)
  • 605, 681 — Immobilisations, amortissements → Catégorie 2 GHG (Biens d’équipement)
  • 6061 — Eau, énergie → Catégorie 3 GHG (Énergie amont)
  • 624 — Transport de biens → Catégorie 4 GHG (Transport amont)
  • 625 — Déplacements, missions → Catégorie 6 GHG (Voyages d’affaires)
  • 612-613 — Crédit-bail, locations → Catégorie 8 GHG (Actifs loués)

Les comptes exclus : les impôts et taxes (631-637), les salaires (641-648), les charges financières (661-668) et les charges exceptionnelles (671-678) ne génèrent pas d’émissions directes et sont exclus du calcul Scope 3. Cette exclusion est conforme au GHG Protocol et documentée dans le rapport.

Étape 2 : appliquer les ratios monétaires ADEME

Une fois vos charges extraites et catégorisées, vous appliquez le ratio monétaire correspondant à chaque type de dépense. Ces ratios sont disponibles dans la Base Empreinte ADEME, ventilés par secteur NAF.

Exemple concret pour une PME mécanique (NAF 2562B) :

Achats matières (comptes 601-602) : 450 000 € × 0,85 kgCO₂e/€ = 382,5 tCO₂e
Services extérieurs (604, 611-617) : 120 000 € × 0,42 kgCO₂e/€ = 50,4 tCO₂e
Transport marchandises (624) : 35 000 € × 1,10 kgCO₂e/€ = 38,5 tCO₂e
Déplacements (625) : 28 000 € × 0,65 kgCO₂e/€ = 18,2 tCO₂e
Énergie (6061) : 42 000 € × 0,55 kgCO₂e/€ = 23,1 tCO₂e
Locations (612-613) : 18 000 € × 0,30 kgCO₂e/€ = 5,4 tCO₂e

Total Scope 3 estimé : 518,1 tCO₂e

Les ratios monétaires varient selon le secteur. Les achats dans la sidérurgie ont un ratio élevé (forte intensité carbone), tandis que les services informatiques ont un ratio faible. C’est pourquoi il est important d’utiliser les ratios sectoriels les plus précis possibles, et pas un ratio moyen tous secteurs confondus.

Étape 3 : affiner avec les données physiques (optionnel)

La méthode monétaire donne un résultat utilisable immédiatement. Mais si vous disposez de certaines données physiques, vous pouvez améliorer la précision du calcul.

Énergie : si vous connaissez votre consommation en kWh (factures EDF/Engie), utilisez le facteur physique ADEME de l’électricité française (environ 0,052 kgCO₂e/kWh) plutôt que le ratio monétaire. C’est beaucoup plus précis.

Transport : si vous connaissez les distances parcourues et les modes de transport (routier, maritime, aérien), les facteurs physiques ADEME par tonne-kilomètre sont plus fiables que le ratio monétaire.

Déplacements professionnels : si vous pouvez distinguer les vols (compte 625 avec libellé contenant « avion » ou « Air France ») des trajets en train ou en voiture, les facteurs par passager-kilomètre donnent un résultat bien plus précis.

Dans un rapport Oakbon, chaque ligne d’émission est classée « précise » (facteur physique) ou « estimée » (ratio monétaire). Le score de précision global indique quelle proportion des émissions repose sur des données physiques. Plus ce score est élevé, plus le rapport est crédible auprès de votre client.

Les limites à connaître

La méthode monétaire a des limites qu’il faut assumer — et documenter dans le rapport.

L’inflation fausse le calcul. Si les prix de l’acier augmentent de 20 % sans que les volumes changent, vos émissions calculées augmentent de 20 % — ce qui est incorrect. Les facteurs ADEME sont mis à jour annuellement pour limiter cet effet, mais le décalage existe.

Le ratio moyen masque les écarts. Deux fournisseurs d’acier peuvent avoir des intensités carbone très différentes selon leur mix énergétique et leur localisation. Le ratio monétaire ADEME donne une moyenne sectorielle — pas l’empreinte spécifique de votre fournisseur.

Certaines catégories sont hors comptabilité. Les déchets (Catégorie 5 GHG) et les trajets domicile-travail (Catégorie 7) ne génèrent pas d’écritures comptables directes. Oakbon les estime via le questionnaire guidé, en utilisant des moyennes sectorielles et les données INSEE.

Malgré ces limites, la méthode monétaire est la méthode recommandée par l’ADEME pour les PME qui débutent. Elle permet de produire un premier bilan carbone crédible, conforme aux standards GHG Protocol et ESRS, à partir de données que vous possédez déjà.

À retenir : Ne laissez pas la recherche de précision vous empêcher de commencer. Un bilan carbone basé sur la méthode monétaire, avec les ratios officiels ADEME, est infiniment plus utile qu’un bilan parfait jamais réalisé. Vous pourrez affiner avec des données physiques sur les exercices suivants.

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Sources : Base Empreinte ADEME · GHG Protocol Corporate Value Chain Standard · Plan Comptable Général (PCG)

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